Etait-il nécessaire de bloquer la hausse des prix d'un produit alcoolise fut-il de grande consommation?


Etait-il nécessaire de bloquer la hausse des prix d'un produit alcoolise fut-il de grande consommation?


Etait-il nécessaire de bloquer la hausse des prix d'un produit alcoolise fut-il de grande consommation?

Depuis plus de deux siècles, la science économique est marquée par l'affrontement de deux courants, le courant interventionniste qui critique la capacité d'autorégulation du marché et prône l'intervention des pouvoirs publics pour réglementer la marché et rétablir les grands équilibres et le courant libéral qui considère le marché comme la seule source de la richesse des nations (L'Etat est donc considéré comme improductif, c'est un "parasite", nuisible à la régulation automatique par le marché). Ces deux courants semblent se rejoindre à l'aube du troisième millénaire. En effet, au cours des dix dernières années, l'économie mondiale a été fortement ébranlée par une succession de crises plus ou moins importantes les unes que les autres. Pour faire face à ces problèmes, les pouvoirs publics et les entreprises privées ont travaillé ensemble. On a ainsi vu l'Administration américaine soutenir à bout de bras les banques privées, et les banques privées venir au secours de la GRECE en Europe.

L'intervention des pouvoirs publics (Etat) dans l'économie se fait, soit pour juguler l'inflation en limitant la hausse des prix des opérateurs économiques, soit pour soutenir un secteur afin de le sauvegarder ou de le relancer. Pour amener l'opérateur économique à ne pas augmenter ses prix, l'Etat lui concède des allègements, généralement de type fiscal, qui permette à ce dernier qui veut relever le prix de conserver la marge recherchée par la hausse. Dans les cas extrêmes, les pouvoirs publics peuvent décider comme dans le cas annoncé par le Gouvernement français pour le prix du carburant, de bloquer les prix afin d'éviter la hausse des dépenses du panier de la ménagère et donc d'éviter l'inflation. C'est probablement dans ce cadre que le Gouvernement camerounais a récemment donné injonction à une entreprise brassicole locale de ne pas augmenter le prix de ses produits.

Etait-il nécessaire de bloquer des prix d'un produit alcoolisé fut-il de grande consommation ?

Avant de répondre à cette question, il serait important pour nous de rappeler la place du prix dans la stratégie marketing d'une entreprise.  En effet, sans toutefois minimiser le rôle des autres leviers du mix "Produit – Promotion – Distribution", le prix joue un rôle essentiel dans la stratégie marketing et même dans la stratégie globale d'une entreprise. L'entreprise adopte une structure de prix en fonction des objectifs qu'elle poursuit qui peuvent être des objectifs de gain de parts de marché, de maximisation du profit, de survie ou de recherche d'image. Sur le plan marketing, le prix apparait comme un des principaux outils de positionnement de l'offre, les prix élevés permettant de s'adresser à une clientèle sélective et les prix les plus faibles à une clientèle plus large.  Pour une raison ou une autre dans son cycle de vie, l'entreprise peut être amenée à réviser ses prix (à la hausse ou à la baisse). Cette variation correspond en général à une réflexion bien élaborée qui tient compte de l'évolution de l'environnement direct ou indirect de l'entreprise et surtout s'inscrit dans la stratégie de l'entreprise. Toute intervention externe à l'entreprise influençant cette variable met l'entreprise dans une situation délicate tant sur le plan interne que sur le plan externe face à son environnement.

La hausse annoncée des prix de 10% de cette entreprise brassicole devait certainement s'inscrire dans leur stratégie. Au regard du rôle que joue le prix dans la stratégie de l'entreprise, notre réponse à la question posée plus haut est NON car : Premièrement, il s'agit de produits alcoolisés et tout effort pour réduire la consommation en volume devrait être encouragé comme c'est le cas de la cigarette. Deuxièmement, l'interdiction ministérielle n'a pas été respectée car les distributeurs ont gardé les prix annoncés et cela sans que l'entreprise brassicole n'en profite. Troisièmement, cette décision a affecté les orientations stratégiques de l'entreprise.

Au même titre et dans un domaine similaire, s’il était question d'éviter une inflation incontrôlable, la hausse récente du prix de l’électricité  et celle  annoncée du prix du carburant ne sont elles pas plus susceptibles d'accroître les dépenses donc de créer une inflation dans le panier de la ménagère ?

 

Dr. Théodoret Marie FANSI, Directeur Général de Cible études / conseil, Chargé de cours à l’ESSEC de Douala

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