La Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME S.A.) et l’épineux problème du financement des PME camerounaises


La Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME S.A.) et l’épineux problème du financement des PME camerounaises


La Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME S.A.) et l’épineux problème du financement des PME camerounaises

Le dispositif public d’encadrement des PME locales a enregistré un nouvel outil, avec l’entrée en activité le 20 juillet 2015 à Yaoundé, de la Banque Camerounaise des PME S.A. Cependant, l’auteur de cet article souligne la nécessité de considérer que la BC-PME S.A., est d’abord une banque et à ce titre, elle ne peut être qu’une partie de la solution à l’épineux problème de financement des PME camerounaises.

FANSI THEODORET-MARIE(*)

L’organisation gouvernementale du 08 Novembre 2004 a marqué de façon significative la reconnaissance et la volonté du Gouvernement camerounais de faire jouer à la PME, un rôle de moteur de croissance et de l’emploi. Cette organisation transformait l’ancienne Direction de la  PME en tout un ministère, chargé d’élaborer, de mettre en œuvre et d’évaluer la politique gouvernementale en matière de développement des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Economie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA).

 

Avec le soutien des bailleurs de fonds, plusieurs autres actions ont été engagées pour accompagner le MINPMEESA dans sa mission. Les plus significatives concernent : la Bourse de Sous-traitance et de Partenariat (BSTP), le Bureau de Mise à Niveau des Entreprises (BMN), l’Agence de Promotion des PME (APME), l’accompagnement  de la phase pilote du Crédit-bail au Cameroun  avec déjà plus de 125 milliards de FCFA mobilisés par les différents acteurs pour le financement des équipements des PME/PMI, la Banque Camerounaise des PME (BC-PME S.A), etc.

La BC-PME est supposée contribuer à la résorption du problème de financement, relevé par les opérateurs économiques comme l’un des principaux freins au développement des PME camerounaises. Elle a ouvert ses portes le 20 juillet 2015 et déjà on observe un réel engouement qui se traduit par de nombreuses visites dans les locaux. Il est signalé l’ouverture de plus de 250 comptes par les PME. Une question majeure se pose cependant : la BC–PME va-t-elle enfin et définitivement régler le problème de financement des PME camerounaises ? Nous le souhaitons vivement. Dans cet article, en nous situant dans une démarche économique, nous montrons d’abord pourquoi les PME ont besoin de financement et nous relevons ensuite qu’il est urgent et indispensable que la BC-PME et ses partenaires, conçoivent et mettent en œuvre une approche innovante pour le financement des PME.

1.  Pourquoi les PME camerounaises ont-elles durablement de réels besoins de financement bancaire ?

Pour apprécier l’ampleur des difficultés de financement des PME camerounaises, il faut bien comprendre ce qu’est le financement d’une entreprise et à quoi sert une banque. La pratique courante des activités économiques entraine des flux de recettes et de dépenses dans les comptes des différents  agents économiques. Le long des transactions commerciales, les uns seront tantôt excédentaires et d’autres déficitaires. En permanence, alors que certains ont une grande capacité d’épargne liée à leurs excédents financiers successifs, plusieurs vont accumuler des déficits d’exploitation, nécessitant une recherche continue de financement. 

Actuellement au Cameroun, il n’existe pas un dispositif public ou privé de financement de la création des entreprises impliquant   la mise en place des crédits de longues durées en faveur des PME. Dès lors, beaucoup de PME ayant un  réel besoin de financement pour le démarrage de leurs activités, n’en trouvent pas. Leur bilan d’ouverture est alors fortement déséquilibré à cause de la faiblesse des capitaux propres. Ce déficit initial des capitaux permanents, s’il n’entraine pas rapidement la faillite de la PME, aura des conséquences négatives le long de la vie de l’entreprise. Ainsi par la suite, les tensions financières seront aggravées  au niveau du cycle d’exploitation avec notamment des délais de recouvrement très longs imposés par les créanciers et complétement en inadéquation avec la structure financière d’une petite entreprise.

Le manque de financement  est le problème numéro 1 des PME/PMI camerounaises. Dans toutes les rencontres et débats économiques sur les PME au Cameroun, il ressort clairement que les PME au Cameroun, manquent des ressources nécessaires à la conduite harmonieuse de leurs activités. Ce constat est un paradoxe car depuis la réforme du secteur bancaire camerounaise dans les années 2000, les banques camerounaises sont tendanciellement sur liquides.

Une banque est un intermédiaire financier spécifique dont la fonction traditionnelle est d’abord d’octroyer des crédits et de collecter ensuite l’épargne. La spécificité de la banque tient à son pouvoir de création monétaire, car l’octroi de crédit par la banque n’est pas strictement lié à la disponibilité préalable de ressources. Elle crée par le crédit, un dépôt bancaire au bénéfice de l’emprunteur. Dès lors, le financement ne devrait pas être assujetti à l’épargne constituée au cours de la même période. Elles prêtent des sommes qui viendront ensuite se déposer dans leurs comptes. On comprend que la sur liquidé d’une banque, devrait être l’exception, au Cameroun, c’est devenu la règle.

 


2.  La Banque Camerounaise des PME a besoin d’un modèle d’intervention spécifique pour jouer efficacement son rôle

Les résultats d’une enquête réalisée en 2013 par des chercheurs de l’Université de Yaoundé II Soa, auprès des acteurs du financement et portant sur un échantillon de 413 PME du Cameroun, montrent que le déficit de financement bancaire est principalement expliqué par l'absence d'information comptable et plus exactement l’absence d’informations sur l’entreprise et les promoteurs. En attendant la création des BIC (Bureaux d’Information Commerciale), nous pensons qu’un schéma d’intervention appuyé sur trois  piliers (PME/Banques/Bureau d’Etudes) avec l’Etat au centre, permettrait d’améliorer de façon significative la relation entre les banques et les PME en général et entre la BC PME et les PME en particulier. Dans ce modèle l’Etat joue un rôle central. C’est lui qui définit le cadre général du financement de la PME par les banques.

 

Ce cadre doit en premier lieu, mettre en place les dispositions pour permettre aux PME d’améliorer la qualité des dossiers de financement adressés aux banques. Aujourd’hui les prestations des cabinets spécialisés sont relativement chères pour les PME, notamment parce que les coûts de collecte des données sont élevés. L’Etat  peut intervenir ici à deux niveaux : il s’agira d’abord de faciliter l’accès aux informations, soit en créant un centre d’information économique, soit en donnant des instructions claires aux différentes administrations pour rendre disponibles les informations qu’elles détiennent et qui pour la plupart ne sont pas confidentielles : statistiques douanières, statistiques agricoles, etc. Aujourd’hui, c’est un véritable parcours de combattant pour avoir accès à ces données. Cela accroit significativement les coûts de prestations des bureaux d’études. En attendant ces dispositions, l’Etat pourrait envisager la mise en place d’un « ticket étude »  qui financerait une partie du service. Pour le cas spécifique de la BC-PME, le Gouvernement a retenu d’assurer ce service aux PME, à travers l’APME. Ce cadre devrait ensuite définir des conditions qui encourageraient les banques à financer la PME (mesures fiscales, cadre juridique permettant en cas de non remboursement des prêts de réaliser les garanties produites reconnaissance de la banque RSE), ou qui les contraindraient à ne pas abandonner ce secteur indispensable au développement de l’économie.

L’environnement actuel des affaires, n’est pas favorable à une relation harmonieuse entre les banques et la PME. Les dirigeants de la BC-PME qui n’ignorent pas cela, ont certainement prévu des instruments pour leur permettre non seulement de développer leurs activités, mais surtout de les pérenniser. Ces instruments, nous n’en doutons pas, vont retenir des exigences que sont principalement: La qualité des dossiers de financement qui seront présentés à la banque, le professionnalisme et l’intégrité des analystes de crédit, etc. A défaut de cela, la BC PME aura du mal à recouvrer les prêts consentis et par conséquent vivra en attendant la fermeture comme bien d’autres organismes bien pensées et indispensables, comme le CAPME, le FOGAPE, le FODIC, le FONADER, la BCD, la SCB, le CREDIT AGRICOLE DU CAMEROUN,  etc.

La  priorité nationale  reste : Avoir toujours plus de PME/PMI riches et compétitives sur l’ensemble du territoire national.

Groupe Cible

Une vocations Africaine... des standards internationaux!